C’est l’histoire d’un étudiant en art qui a créé en 2008 cette plateforme de partage d’habitats à travers le monde que nous connaissons tous. Il y a quelques mois, l’entreprise de San Francisco était encore valorisée à 38 Milliards de dollars. Aujourd’hui, cette même valorisation est en baisse. D’ici Juillet, l’entreprise devrait perdre 1 Milliard de dollars et sa direction est actuellement remise en cause. Et même si cet étudiant en art, Brian Chesky devenu depuis le CEO, vaut aujourd’hui 3 Milliards de dollars, rien ne lui empêche de se retrouver sur la sellette de sa propre boîte. 

Un problème de politique

En plus d’être directement impactée par la crise sanitaire actuelle, l’entreprise vacille. Airbnb a annoncé lundi 7 Avril lever 1 Milliard de dollars auprès de Silver Lake et Sixth Street Partners, deux sociétés de capital-investissements. Cet appel à ce genre de sociétés fait suite aux différents ayant eu lieu entre les investisseurs de la firme de Brian Chesky et… lui-même. Ces premiers ne souhaitant tout simplement plus investir quelconque somme tant que celui-ci sera toujours à sa tête. Airbnb a alors dû se tourner vers ces deux sociétés d’investissement qui, de leur côté, ont totalement confiance en la direction actuellement en place. 

Les différents entre Brian Chesky et une partie de ses investisseurs sont en lien direct avec la crise sanitaire actuelle. D’après le conseiller en immobilier locatif AirDNA, la firme de San Francisco aurait subi une logique baisse de 96% à Pékin entre début Janvier et début Mars. L’arrivée du Covid-19 en Europe n’a pas aidé : le nombre de réservation a été divisé par 4 sur la même période. La pandémie a fortement incité les utilisateurs à annuler leurs différents voyages. Résultat : Dans le monde c’est 80% de baisse moyenne en termes de réservation selon AirDNA, et c’est à ce moment-là que tout a changé…  

D’après le Wall Street Journal, tout commence avec une utilisatrice du Texas (de College Station précisément, information totalement inutile pour comprendre l’histoire mais le nom est cool…) devant se rendre en Espagne après avoir effectué un réservation mi-Mars. Après avoir vu la vague d’épidémie ronger l’ensemble du sud de l’Europe, elle a instantanément annulé et reporté son voyage. Le problème ? C’est ce qu’elle avait déjà payé son hôte et celui-ci refusait catégoriquement le remboursement intégral en prônant seulement un dédommagement à la hauteur de 50% de la somme initiale. L’utilisatrice américaine a alors fait part de son mécontentement à l’entreprise californienne sur Twitter qui lui a (logiquement) permis un remboursement intégral. Victoire donc !

Heureux de cette avancée, l’entreprise a alors introduit une nouvelle politique d’annulation exceptionnelle due à la crise sanitaire. C’est à ce moment-là qu’entre en scène Brian Chesky. Le CEO a bien évidemment validé et publié cette nouvelle politique indiquant qu’Airbnb rembourserait tout séjour réservé avant le 14 Mars pour la période du 14 Mars au 31 Mai, période qui risque fortement d’être allongée vu la propagation du virus… Chose qui va toutefois à l’encontre de la politique initiale de l’entreprise donnant les pleins pouvoirs des conditions d’annulation et de remboursement aux hôtes ! 

L’histoire aurait pu simplement s’arrêter là, sauf que Brian Chesky n’en a tout simplement pas averti ses investisseurs… Piqués par cette nouvelle, certains d’entre eux ont directement remis en cause cette politique exceptionnelle d’annulation. La remise en cause de la direction menée par le CEO a même été abordée. Ils ont alors déclaré qu’ils ne mettraient pas d’argent tant que celui-ci ne réduirait pas son contrôle des votes et ne se retirerait pas de son poste de CEO. Une option stipulant qu’ils souhaiteraient que Brian Chesky travaille en étroite relation avec des équipes de redressement a cependant été émise. De son côté, l’entreprise californienne a tout simplement déclaré que Brian Chesky serait purement et simplement maintenu à son poste. Chose qui a grandement déçu les investisseurs. 

Une gestion financière plus ou moins maîtrisée

Même si l’entreprise perdra l’équivalent de 1 Milliard de dollars sur le premier semestre, Airbnb détiendrait un capital équivalent à 4 Milliards de dollars. Sauf que la conjoncture actuelle ne permettrait pas forcément à l’entreprise de se reposer tranquillement sur ces 4 Milliards. Cela inquiéterait fortement les investisseurs et quelques membres du conseil d’administration, surtout si le chiffre d’affaire de l’entreprise reste aussi bas. 

Ce schéma serait cependant identique à de nombreuses entreprises du monde. Toutefois, il faut savoir que si les revenus de l’entreprise ont explosé, ses dépenses aussi : Après avoir plus que doublé ses revenus en passant de 2,6 Milliards de dollars en 2017 à 5,3 Milliards de dollars en 2019, ses dépenses sont également passées de 2,6 Milliards à 4,8 Milliards de dollars sur la même période. 

Cependant, certains membres du conseil d’administration auraient conseillé plusieurs mesures à Brian Chesky pour limiter les dépenses pendant la tornade économico-financière du Covid-19. 

En première ligne, Airbnb Experiences. Le projet du CEO est censé permettre aux voyageurs de vivre des expériences via des sorties et activités proposées par les résidents. Si le projet a été mis de côté, c’est parce qu’à lui tout seul il représenterait une perte équivalente à 1 Milliard de dollars. Pour cela, la direction a décidé d’y accorder qu’une partie de ce Milliard. 

Brian Chesky a lui de son côté indiqué que le groupe ferait également des économies sur ses dépenses marketing de son service de streaming. Celles-ci s’estimeraient à environ 800 Millions de dollars. L’entreprise a également décidé de réduire sa production écrite à savoir : Airbnb Magazine. Enfin, il a été aussi annoncé que les cadres supérieurs verraient leur salaire réduit de moitié… Chose qui ne devrait pas forcément leur plaire… 

Au final, Airbnb vient donc de souscrire à un prêt de 1 Milliard de dollars. Le conseil d’administration de l’entreprise préconisait en effet de lever de l’argent tout en réduisant les coûts. Compréhensible quand on apprend qu’il y a un taux d’intérêt de plus de 10% sur le Milliard emprunté. L’équipe de direction aurait même fait appel à des banquiers de Morgan Stanley pour diriger les efforts de collecte de fonds, surtout quand on sait que l’entreprise a perdu 674 Millions de dollars en 2019…

Et les hôtes dans tout ça ?

Après avoir essuyé les critiques des hôtes en permettant un remboursement intégral aux utilisateurs, Airbnb s’est retrouvé bien embarrassé. Il leur a été reproché de ne pas avoir consulté les hôtes avant de changer la politique de remboursement. (Psst, pour rappel, Airbnb a toujours donné la main aux hôtes concernant les politiques et conditions de remboursement.)

Brian Chesky a alors annoncé que l’entreprise californienne dédommagerait à la hauteur de 25% chaque réservation annulée, ce qui représenterait 250 Millions de dollars à unique destination des hôtes. Cette enveloppe budgétaire s’additionnerait à 15 Millions de fonds hypothécaires. 

Problèmes de communication, problèmes de dépenses, 4 Milliards de dollars d’éponge. En ne maîtrisant pas ses finances et sa stratégie en temps de crise, l’entreprise de San Francisco vient de voir son action passer de 150 dollars à moins de 90 dollars en quelques semaines seulement. Les répercussions ont été terribles : sa valorisation a quasiment été divisée par deux en passant de 38 à 18 Milliards de dollars.

Voilà comment faire vaciller 38 Milliards de dollars.

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