Ce jeudi, le géant sud coréen de la technologie mobile Samsung a annoncé prévoir le lancement de sa carte de débit pour l’été 2020. En s’associant avec SoFi la fintech californienne spécialisée dans le refinancement des prêts en ligne, Samsung compte relier sa carte bancaire à Samsung Pay pour rendre innovant tout le système de paiement et de tenue de compte à travers son nouveau service. Pourtant, les géants de la tech n’en sont pas à leur coup d’essai : Samsung est déjà le 5ème acteur à se jeter dans le monde du paiement par carte bancaire. En voulant diversifier leurs activités, ils n’hésitent pas à se mettre dans un marché qui n’est pas le leur. Quand les géants de la tech se lancent dans la fintech : Retour sur une stratégie ambitieuse mais partagée. 

Du paiement mobile au paiement physique

Quand Apple lance son système de paiement mobile en 2014, c’est avant tout pour révolutionner le paiement. En mettant les cartes bancaires des utilisateurs directement dans leur iPhone, la firme de Cupertino a souhaité faire de l’ombre au paiement par carte bancaire physique en le remplaçant progressivement par du paiement bancaire mobile… Chose qui n’a pas eu les effets escomptés. 4 ans plus tard, Tim Cook admettait avoir été un peu en avance en reconnaissant que les paiements mobiles ont décollé un peu plus lentement que prévu. 

Le problème résiderait surtout au niveau de son adoption. En plus de bousculer les habitudes de paiement des consommateurs, il a surtout fallu convaincre les commerçants et travailler sur des accords avec les banques pour activer l’option de mise à disposition de la carte bancaire sur smartphone. Aujourd’hui encore, il manque certaines banques et néo-banques telles qu’ING, Compte Nickel (racheté depuis par la BNP), BforBank, Eko by CA ou encore AXA Banque… 

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Apple Card – Apple

Le géant à la pomme a alors décidé de diversifier encore plus ses services financiers. En s’associant avec Goldman Sachs et Mastercard, le géant technologique a lancé ses propres cartes de crédit : sous format virtuel et physique. En exploitant le potentiel d’Apple Pay pour la gestion des cartes bancaires, la firme de Cupertino a clairement voulu s’affirmer face aux banques de détail traditionnelles et face aux néo-banques, le tout sans frais. En plus de bénéficier des technologies d’authentifications sécurisées comme le Touch ID ou le Face ID, la carte est également dotée d’un système de cashback. Celui-ci s’active à chaque achat avec l’Apple Pay ou avec l’Apple Card. Le système de récompense s’évalue à environ 2% du prix d’achat, pouvant atteindre 3% lorsqu’il s’agit d’un service ou d’un produit de la marque à la pomme. 

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Apple Pay – 01Net

Apple, puis Amazon, Huawei, Google et maintenant Samsung

Le géant à la pomme n’a pas été le seul à souhaiter offrir une nouvelle solution de paiement. Afin de récupérer encore plus de consommateurs, Amazon s’est alliée avec Synchrony Bank, un établissement bancaire spécialisé dans le crédit, et Visa pour créer sa carte spécialement dédiée au crédit dans le retail : l’Amazon Credit Builder. La firme de Jeff Bezos souhaiterait cibler uniquement les consommateurs détenteurs d’un mauvais profil de crédit. Dans cela, compter les étudiants ayant peu de moyens de paiement et tous les foyers privés de carte de crédit traditionnelle. 

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Amazon Store Card Credit Builder – Amazon 

En leur donnant accès à ce système financier, c’est tout un marché qui s’offre au géant du retail. En prime, pas de frais de carte bancaire. En plus, tout comme l’Apple Card. L’Amazon Credit Builder bénéficierait d’un système de cashback : 20% à l’ouverture d’un compte et 5% lors d’achats avec Amazon Prime. 

Pourtant Amazon n’en est pas à son coup d’essai. En 2017, la firme de Seattle avait déjà lancé Amazon Prime Visa Reward Signature, une carte de crédit totalement gratuite uniquement à destination des abonnés Prime. Cette carte est le fruit d’un accord avec Visa et JP Morgan Chase & Co. Elle est également utilisable dans les restaurants, les stations services ou encore les pharmacies en plus d’être utilisable en ligne et à l’international. Plus tôt encore, en 2013 cette fois-ci, Amazon avait déjà sorti deux autres cartes de crédit. La première était aussi destinée aux abonnés Prime mais utilisable uniquement en ligne tandis que la seconde, utilisable aussi en ligne, était ouverte à tout type de client. 

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Amazon Prime Rewards Visa Signature Card – Amazon

Du côté du géant chinois, la Huawei Card a vu le jour. Basée directement sur le portefeuille numérique Huawei Wallet et dépendante du système de paiement Huawei Pay, il est possible de régler ses achats directement avec le smartphone comme avec la carte bancaire. De plus, un système de cashback permettant de récupérer un pourcentage de chaque achat est également disponible. Au même titre que l’Apple Card et que l’Amazon Credit Builder, il s’agit d’une carte de crédit. Il est donc possible de reporter les paiements aux mois suivants. 

La carte est pour le moment réservée au marché chinois. En termes d’adoption, Huawei a passé un partenariat avec UnionPay, l’organisme donnant accès à 175 acteurs de la finance chinoise. En espérant que cet accord donne lieu à une forte adhésion de la Huawei Card auprès du marché chinois, celle-ci permettrait d’avoir non seulement du cashback, mais également accès aux lounges des aéroports. Dernière chose à savoir : elle est sans frais pour la première année. En ce qui concerne la seconde année, elle le sera également à partir d’un certain montant dépassé. 

Au regard de tous les géants de la tech mondiale, Google a également voulu se prendre au jeu en réalisant un vieux rêve : Lancer, ou plutôt relancer, sa carte bancaire. En 2013, la firme de Mountain View avait déjà lancé son projet Google Wallet, une carte de crédit physique automatiquement gérée depuis son smartphone. Encore plus précurseur qu’Apple dans le domaine, Google en avait fait une carte universelle physique à partir du Google Wallet afin d’assurer une adhésion forte de la part des consommateurs. L’entreprise assurait qu’en renseignant dans le Google Wallet toutes les cartes bancaires de tous ses comptes, il était alors possible de les laisser à son domicile et de ne se déplacer qu’avec la carte bancaire Google et le Google Wallet du smartphone. (Psst, concept qui a d’ailleurs été repris en grande partie par Lydia avec son système de carte universelle et son application méta bancaire.) Malheureusement, la firme de Mountain View a dû mettre fin au service Google Wallet, beaucoup trop en avance sur son temps. Le service n’ayant jamais réellement décollé… 

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Google Card – TechCrunch

Plus récemment, mi-Avril pour être exact, des images d’un projet en cours chez Google s’apparentant à la mise en place d’une carte de débit ont leaké sur TechCrunch. Même si le projet serait à première vue un net concurrent de l’Apple Card, il est important de noter que la Google Card (c’est le nom qui devrait être utilisé) est une carte de débit. Cela signifie que les transactions débitées se font immédiatement et qu’il est impossible de les repousser aux mois suivants, contrairement à l’Amazon Card, la Huawei Card ou encore l’Apple Card. 

Basée sur Google Pay, la Google Card devrait être normalement administrable depuis ce service de paiement.

Pour le moment, aucune information n’a été émise concernant les frais bancaires ni même si un système de cashback serait disponible à l’instar des autres géants de la tech. 

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Interface de Google Pay – TechCrunch

Toujours auprès de TechCrunch, Google a déclaré : 

Nous sommes en train d’examiner comment est ce que nous pouvons nous accorder avec les banques et les organismes de crédits au Etats-Unis afin d’offrir le meilleur système de tenue de compte à partir de Google Pay, puis en aidant les clients à bénéficier d’outils de gestion budgétaire pertinents, le tout en gardant leur argent dans un compte assuré par la FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) ou la NCUA (National Credit Union Administration). Nos principaux partenaires sont aujourd’hui Citi et Stanford Federal Credit Union. De plus nous étudions la possibilité de fournir plus de détails d’ici les prochains mois.

Propos recueillis par TechCrunch

La plus jeune de la bande : Samsung. L’entreprise sud-coréenne a annoncé vouloir lancer une carte bancaire innovante et physique cet été pour étoffer son offre de service Samsung Pay. Aidée par la fintech SoFi proposant une plateforme de prêts en ligne, Samsung souhaite compléter son offre Samsung Pay Cash. Il s’agissait d’une carte de débit en ligne lancée en 2019 en accord avec Mastercard pouvant être rattachée au portefeuille électronique Samsung Pay. Il est alors possible d’effectuer tout type de transactions en ligne : du transfert de fonds à l’achat virtuel et/ou en magasin à travers le service Pay Cash de l’application. 

Si aujourd’hui peu d’informations sont disponibles concernant la carte bancaire physique de Samsung et de SoFi, les modalités de frais et la présence ou non de cashback devraient être annoncées sous peu.

En souhaitant créer une carte de débit physique, Samsung renoue avec le consommateur non plus à travers son smartphone mais à travers l’acte de paiement. 

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Samsung Pay Cash avec Mastercard – Frandroid

Même si la carte reste administrable virtuellement via le service Samsung Pay, le paiement reste quant à lui bien réel avec un matériel physique. 

Back to basics

Ce lancement de nouveau service de la part du géant technologique de Séoul est loin d’être anodin. Si en règle générale le virtuel prend aujourd’hui peu-à-peu la place du réel, cela ne s’applique pas à tous les cas d’usage de tous secteurs. Le monde du paiement n’en est pas épargné. En relançant -ou lançant- leur offre de carte de débit physique, Samsung et Google souhaitent se repositionner au plus proche des consommateurs : à la place de leur carte bancaire.

Même si les géants de la tech font partie intégrante de nos vies et de nos comportements, ils ne dominent que nos modes de consommation en ligne. La carte bancaire physique, de débit ou de crédit, leur permet alors d’atteindre le dernier maillon de la chaîne. Même si cela peut paraître surprenant au premier abord du fait de la technologie de pointe, les systèmes de paiement virtuels n’ont pas encore réussi à prendre auprès des consommateurs. 

Virtuellement présents à nos côtés depuis tout ce temps -essentiellement Apple Pay, Google Pay, Samsung Pay ou Huawei Pay-, le manque d’adoption peut s’expliquer par deux raisons. En premier lieu, du côté du consommateur, même si les méthodes d’authentification sont relativement fortes et sécurisées (empreinte digitale, scan de l’iris ou encore reconnaissance faciale), ce type de paiement n’est pas encore devenu un réflexe pour les consommateurs. Enfin, côté commerçant ou côté banque, de nombreux acteurs manquent encore à l’appel pour prétendre à une adhésion totale. 

Même si l’offre ne fait que s’étoffer de jour en jour, le paiement par carte bancaire physique reste préféré, la faute en partie au paiement sans contact. Pourtant, le paiement par carte bancaire virtuelle naturellement éligible au sans contact n’est pas soumis à une limite de paiement. Concernant Apple Pay, moins d’un détenteur d’iPhone sur trois (29.4%) l’a configuré et l’utilisé au moins une fois. Du côté d’Android, ce chiffre atteindrait tout au plus 13.3%. 

Le problème viendrait principalement de plusieurs points : Le système de paiement utilisé répond déjà au besoin, le consommateur ne sait pas comment ça fonctionne / si ça fonctionne et enfin, le consommateur se pose des questions vis-à-vis de la sécurité de la transaction financière. 

Au plus proche des consommateurs

Si la firme à la pomme admet que Goldman Sachs ne fournira pas les données des utilisateurs à des partenaires publicitaires tiers, elle reconnait tout de même que la banque aura accès à l’ensemble des transactions dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent ou contre le financement du terrorisme. Toutefois, cette limite de fourniture de données à des partenaires tiers ne dépend que de l’approbation du client final. Si celui-ci accepte que ses données soient revendues ou tout simplement exploitées, le fournisseur de services bancaires peut alors exploiter ses données en toute légalité pour, par exemple, lui proposer des services adaptés et personnalisés. 

Même son de cloche chez Google, Amazon, Huawei et Samsung. Là où les géants de la tech avaient auparavant “seulement” accès aux données d’intention d’achat, en matérialisant la carte bancaire de manière physique, ils se retrouvent avec la possibilité de récupérer l’ensemble des transactions effectuées. Il devient alors plus simple de connaître les habitudes et d’affiner le comportement des consommateurs pour cibler publicitairement avec plus de précision.

Cela signifie que les partenaires commerciaux pourraient être à même de négocier des pourcentages de cashbacks et de frais de ciblages publicitaires plus importants. Cela permettra alors de stimuler les ventes pour augmenter le volume d’achat généré en magasin. 

Les géants de la tech l’ont compris : leur ubiquité au niveau des consommateurs et des partenaires publicitaires leur confère une place stratégique. Tellement stratégique que ce nouveau service physique par le biais de partenariats avec des acteurs du secteur pourrait mener à la création de nouvelles offres de produits financiers tels que des services de conseils financiers, de courtage mais également d’octrois de prêts ou de vente de produits assurantiels. 

Si on ne peut affirmer aujourd’hui qu’Apple, Google, Amazon, Huawei ou Samsung ont pour vocation de se doter d’une licence bancaire pour devenir des acteurs financiers à proprement parler, on peut toutefois penser que par le biais de partenariats avec des acteurs du secteur, ils sont bien placés pour s’insérer dans le marché de la fintech. Dans “fintech”, il y a “tech” et la tech, c’est leur coeur de métier. Les géants de la tech ont le mérite d’avoir énormément d’utilisateurs à leur disposition en plus d’avoir de forts moyens financiers et de fortes frappes d’innovation. Leur agilité et leur flexibilité leur permet d’être plus à même à l’écoute du marché en fournissant ou en anticipant la fourniture de services personnalisés en développant de nouveaux produits, et ce rapidement. Seul hic : il ne reste plus qu’à avoir l’approbation des régulateurs mondiaux, ce qui n’est pas gagné…

L’expérience de Google Wallet en 2013 parle d’elle-même : en avance sur son temps mais totalement visionnaire. Chose qu’on pourrait aussi dire avec les services de paiement dématérialisés comme Google Pay, Apple Pay, Huawei Pay ou Samsung Pay… Si parfois ils anticipent un peu trop nos comportements, ce qui sûr c’est qu’ils savent déjà où est ce qu’ils vont nous emmener. 

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